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09/06/2017

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Je m'appelle Maria, je travaille sur une thèse qui se rapporte à la dystopie environnementale et je suis publiée chez Anyway ainsi que Rebelle. J'aime écrire, dessiner, pratiquer le théâtre. Actuellement je m'exerce à adapter mes projets en BD à l'aquarelle. J'ai décidé de mettre en ligne mes ½uvres en cours pour recevoir des critiques constructives et m'améliorer. Ensuite, je retirerai mes textes et les proposerai à des éditeurs.
 

 
 
La reine Blanche a mené une guerre contre sa s½ur adoptive Rouge depuis que cette dernière a décapité leurs parents. L'héritière de sang a fini par remporter la partie mais son ennemie possède plus d'un tour dans son sac. Alors que cette dernière prépare une​ nouvelle offensive, la pacifiste régente se voit obligée de fuir dans le Monde Normal.
Design by Sue

11/06/2017


 
 
 
 
 
Les oreilles duvetées dansaient sur le vent, longues, souples et agitées. Les pattes sautaient, sautaient, sautaient, à un rythme accéléré. La gueule entrouverte haletait. Le lapin Blanc de Sa Majesté se précipitait sur le vert jardin royal. Sa cible consistait en une silhouette au jupon pâle et vaporeux. Sa nuque se trouvait libérée par un chignon nuancé d'ivoire. Ses doigts maniaient tendrement les roses rouges montées dans un haut buisson. Légère, aérienne, telle s'affirmait l'allure de la reine Blanche. Jamais énervée, jamais fatiguée, prise de stress ou contrariée. Cet état de fait, il s'apprêtait à le soumettre à rude épreuve.

—   Ma reine ! Ma reine ! Ma reine !

Faible, sa voix pleureuse n'alarmerait pas la Régente accoutumée à ces élans de panique incessants. Le visage pâle pivota, un sourire aux lèvres écarlates s'y dessina. Il rehaussa les sourcils fournis et sombres qui s'arquaient au-dessus de grands yeux clairs.

—   Qu'est-ce qui t'affecte, mon joli ?

La principale menacée se souciait de lui. Ridicule, inconsciente, adorable, charmante. Des pigments rieurs ainsi que réprobateurs chatouillèrent ses prunelles et leur humeur.

—   Me voilà très occupée. Je dois effectuer un prélèvement sur ces fleurs pour une expérience chimique essentielle au bien-être du palais. Essaye de ne pas me déranger dans ce genre de situation et souffle pour évacuer tout ce stress inutile. Cela se passe toujours ainsi, avec toi.
Les petits yeux de l'animal s'agrandirent d'anxiété.
—   Pardonnez-moi, ma reine. Ne vous fâchez pas...

Elle leva un sourcil.

—   Quand m'as-tu vue m'énerver pour la dernière fois ?

Le fidèle serviteur ne répondit pas à ce roucoulement cajoleur. La reine Blanche n'avait pas cédé à la colère depuis, depuis... il le savait très bien, n'aspirait pas à l'énoncer. Inutile de raviver pareille blessure alors que l'heure s'annonçait si grave. L'affection remonta les commissures des lèvres pulpeuses de la dirigeante.

—   La reine Rouge... elle s'apprête à revenir à la charge.

La tristesse affaiblit le sourire de la beauté féminine, mais pas son calme et encore moins sa douceur.

—   Cela ne me surprend pas. Elle ne me porte plus un amour sororal depuis longtemps. Son c½ur demeure meurtri, comble d'ironie pour ce qu'elle incarne. Que trame-t-elle, cette fois-ci ?
Les yeux du mammifère s'écarquillèrent tandis que l'effroyable vérité s'échappait enfin de ses dents desserrées.
—   Elle a pactisé avec les créatures qui se cachent dans la prison des horreurs. Elle les a libérées pour les soumettre grâce à un maléfice.

Un frisson imperceptible s'empara de la femme pâle, sa bouche écarlate se scella et ses commissures chutèrent. Elle resta pétrifiée quelques instants dans le plus intense des silences. Devant son serviteur, elle contenait tant bien que mal son horreur. Ses yeux se fermèrent, son souffle traversa ses lèvres et elle posa sa main sur le crâne du lapin. Ce geste d'attention reconnaissante ne dura pas. Sa tête aux ondulations blondes pivota et elle longea les buissons verts maculés de rouge au pas de course. Elle courut, courut, courut, jusqu'à s'arrêter vers les ronds de pétales myosotis qui abritaient Absolem.

—   Reine Blanche, je connais le motif de votre visite.

Les papillons voyageurs qui parcouraient Wonderland en battant fébrilement de leurs ailes pastel lui permettaient de s'affirmer comme​ un être omniscient ou presque.

—   Puis-je également espérer que vous saurez comment stopper ma s½ur ?
—   Cela ne s'apparente pas à la première question que vous devez me poser. Comme vous vous trouvez pressée, je vais vous la souffler. « Que me veut vraiment la reine Rouge ? »
—   Le pouvoir, assurément.

La réaction de son Altesse avait fusé sans hésitation. La bestiole secoua son joint en signe d'agacement. Les volutes vertes dansaient, dansaient, dansaient tout autour d'eux.

—   Je ne vous ai pas demandé de répondre à la question, mais de la poser.

La régente obtempéra patiemment. Seul son souffle montrait qu'elle usait d'efforts pour se maîtriser.

—   Elle souhaite effectivement le pouvoir, mais pas au sens où vous le pensez. Elle désire votre magie, qui génère le voyage des enfants jusqu'ici.

L'assurance des sourcils de la reine vacilla, sa bouche frémit sous la surprise. Absolem la prenait au dépourvu.

—   Pourquoi ?
—   Vous le comprendrez en temps voulu. Pour le moment vous devez juste savoir comment l'en empêcher.
La beauté​ platine se figea quelques instants, les traits tendus. Ses lèvres contenaient son impatience. Elle laissa échapper sa résignation.
—   Tu disposes de toute mon attention.
—   Cela ne s'avérera pas facile. Vous devez vous mettre hors d'atteinte. Pour cela, disparaissez de ce monde.

Le corps grand, gracieux et diaphane tressaillit dans sa totalité.

—   Ne fléchissez pas, ressaisissez-vous, votre Altesse ! Quelques heures vous séparent de l'arrivée de votre s½ur.
—   Je refuse de me sacrifier et de lui laisser le champ libre.

Sa voix s'éteignait sous le désespoir.

—   Qui parle de cela ? Vous vous réincarnerez dans le Monde Normal. Elle ne pourra pas vous anéantir. Oui, vous ne pourrez empêcher son coup d'État ni ses multiples décapitations. Le moment venu, vous rétablirez l'ordre. Vous n'y parviendrez pas en restant plantée là comme un prunier, je vous le garantis.

Les orbites de la dirigeante s'agitèrent et palpitèrent sous l'effet du tourment.

—   Vous gardez toujours votre élixir de courage autour de votre cou.
—   Je l'ai mis au point pour les situations de crise.
—   Eh bien, servez-vous-en.

Elle ferma les yeux, crispa le visage et serra les​ poings tandis que ses bras se tendaient. Tout en Sa Majesté, si pacifique, se violentait. Elle arracha le cordon autour de son cou et vida le petit flacon en forme de huit au liquide pourpre. Des éclairs rouges la parcoururent, crépitèrent, s'atténuèrent puis s'évanouirent. Elle redressa le menton tandis que ses yeux se rouvraient, droits, sombres et calmes. Sa bouche grave défiait quiconque d'y déceler le moindre tremblement. Oui, celle qui gouvernait Wonderland n'avait jamais cessé de prouver ses talents de chimiste, l'efficacité de son breuvage en attestait. Elle affronta du regard son conseiller stoïque.

—   Bien. Maintenant, rendez-vous auprès du chapelier Fou. Il vous coiffera d'un chapeau qui vous permettra de traverser les dimensions.
—   A-t-il réellement confectionné tel artéfact ?
—   Point de temps pour les questions.

Face à l'insistance pressante d'Absolem, la régente céda et se précipita jusqu'aux appartements de son ami. Alors qu'elle foulait le sol marbré de losanges blancs et noirs, le plafond bas l'obligea à se baisser. Sa main frappa deux coups contre une porte en bois. Elle s'ouvrit aussitôt sur un homme aux souples cheveux bruns. Un haut de forme dissimulait partiellement son teint d'albâtre et ses yeux d'onyx. Sa bouche sombrement maquillée se tordit.

—   Ma reine. Quel plaisir.
—   Fou, j'ai besoin de ton aide. Rouge assiégera le palais dans quelques heures. D'après Absolem, elle en veut à mon pouvoir interdimensionnel.

L'homme renfrogné l'arrêta d'un geste.

—   Cela nécessite le catalyseur que j'ai créé.

Devant les sourcils perplexes de sa supérieure, il grimaça.

—   Votre faculté peut fonctionner dans la réciprocité, si on utilise un objet qui stimule vos charmants petits neurones. D'après Absolem, cela attire précisément votre s½ur. En possession de votre tête, elle détiendra un passeport pour les Dimensions de la Création et le Monde Normal.

L'estomac du lapin Blanc lutta violemment pour ne pas expulser son contenu. La reine Rouge voulait décapiter sa parente pour voyager ? Dans quel but ? La belle pacifiste ne se posa pas​ la question et incita son allié à poursuivre son discours.

—   Elle compte vous soumettre à des expériences peu ragoûtantes pour trouver un catalyseur équivalent au mien. Encore comporte-t-il quelques ratés. Il vous transportera dans le Monde Normal mais peut vous rendre temporairement amnésique.

Les traits de la dirigeante se relâchèrent, ses paupières chutèrent.

-- Vous deviendrez folle parmi les calmes et non plus sereine au sein des excités. La Duchesse l'avait prédit, elle m'avait​ chargé de concevoir ce catalyseur et vous conjure de traverser cette épreuve.
—   La Duchesse ?

Oui, la voyante ne se trompait jamais et le​ Fou proche d'elle ne déformait jamais ce qui sortait de sa jolie bouche. Notre bien aimée Blanche se trouvait contrainte de le croire. Fermant les yeux de toutes ses forces, elle enfonça le chapeau sur sa tête qui vrilla, vrilla, vrilla puis disparut en même temps que le vaporeux jupon. Une ère sinistre s'annonçait.

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